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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 17:46

La salle des fêtes de la commune était pleine et les nombreuses personnes qui ne purent rentrer pouvaient néanmoins suivre la cérémonie grâce à la sonorisation installée par un habitant de la commune sous les chapiteaux recouvrant la terrasse.

 

Ce fut un grand moment de silence, de respect, d'écoute attentive et respectueuse de cette évocation de l'Histoire douloureuse de la guerre et de l'histoire de la rencontre exemplaire et chargée d'amour de ces deux familles : la juive et la paysanne, que rien n'avait prédestiné à ce qu'elles se rencontrent.

Les émotions étaient à fleur de peau, et plus d'une larme a coulé.

 

Pour ceux qui étaient là, pour ceux qui n'ont pu venir, pour tous les autres aussi, voici une rétrospective du déroulement de la cérémonie et les textes des discours prononcés par les représentants officiels. Volontairement et par respect pour eux, les textes personnels des représentants des deux familles ne sont pas publiés ici.

 

Dans l'ordre,

le maire de la commune d'accueil, Laurent Froidevaux :

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Monsieur le Représentant de l'Etat d'Israël,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Sous-préfet,

Madame la députée,

Madame la sénatrice,

Monsieur le conseillé général,

Mesdames et messieurs les maires,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs,

 

Je vous remercie d'être présent pour cette cérémonie importante et chargée d'émotion.

Nous sommes réunis aujourd’hui à la demande de M. Pierre Osowiechi, président du Comité français de Yad Vashem, qui m’a proposé, comme cela se fait souvent, de voir notre mairie organiser cette cérémonie : la remise, à titre posthume, de la Médaille et du Diplôme de “Justes parmi les Nations“ à Juliette et Albert Chaussée. C’est avec plaisir et détermination que j’ai accepté cette tâche, avec l’approbation unanime du conseil municipal.

Il y a soixante-dix ans, en 1942, à Saint-Fulgent-des-Ormes, Juliette et Albert Chaussée acceptaient de recevoir au sein de leur famille, dans leur ferme de la Gilleterie, Irma Naoun, une petite fille juive de douze ans, afin de la soustraire à la barbarie nazie. Acte désintéressé malgré les risques encourus, acte de courage. C’est ce désintéressement et ce courage qu’honore aujourd’hui l’Etat d’Israël par sa plus haute distinction civile.

 

Les parents d’Irma résidaient à Paris. Son père, Messoud Naoun y est marchand des quatre-saisons. Il est titulaire d’une pension d’invalidité de la Guerre 14/18 qui permet à la famille de vivre lorsque les Juifs sont interdits d’activité. Prévoyant la menace qui pèse sur ses coreligionnaires, il ne se déclare pas à la Préfecture et refuse que sa famille porte l’étoile jaune. La famille se compose de huit enfants. Irma et sa sœur Chantal sont parmi les plus jeunes.

 

En novembre 1942, leur sœur aînée accompagne Irma et Chantal à Nogent-le-Rotrou. Irma est accueillie en toute connaissance de cause au sein de la famille Chaussée, à la Gilleterie. Chantal, à la ferme voisine de la Blotrie, dans la famille Label.

Albert et Juliette Chaussée ont eu quatre enfants : Juliette (aujourd’hui décédée), Ginette, Jean-Claude et Albert, présents parmi nous aujourd’hui. Irma s’intègre à la famille où elle est choyée. Elle va à l’école, dans cette salle où nous sommes aujourd'hui, passe son certificat d’études en mai 1944. Monique Trudelle, ici présente, fille des instituteurs de l’époque, se souvient et témoigne. D’autres personnes, comme Suzanne Pierre et Albert Bodet, ici présents, et bien d'autres, étaient élèves dans cette école : ils se souviennent également d’Irma. Mais ils ignoraient qu’elle était juive. Le secret était bien gardé. Irma est présentée comme une petite fille qu’on a dû éloigner de Paris pour cause de ravitaillement difficile. Il n’y a pas de compensation financière. Lorsque Mme Naoun revient chercher ses filles au début de 1945, Irma et la famille Chaussée éprouvent beaucoup de chagrin.

 

C’était il y a soixante-dix ans. D’aucuns pourraient déplorer qu’on ressasse un peu trop ce passé trouble dû à la barbarie nazie, qu’on rabâche une histoire ancienne, certes douloureuse, mais qu’il convient de regarder le futur plutôt que s’enfermer dans le passé.

Or, si l’on revient sur ces événements,

- c’est parce que cette cérémonie met l’accent sur la nécessité de notre Devoir de Mémoire.

- c’est parce qu’il nous revient aussi de transmettre le “Respect de l’Autre“, car les germes de cette histoire ancienne sont malheureusement toujours d’actualité.

 

Ce qui a fait le lit du nazisme, c’est, en grande partie la haine de l’autre, la haine de l’étranger. Ce racisme n’était pas l’apanage du nazisme puisque le régime de Vichy avait anticipé, préparé puis renforcé, bien souvent, les mesures antijuives concoctées par les nazis1.

 

La haine reste aujourd’hui un problème : des groupes s’acharnent à la distiller au point qu’elle transparaît régulièrement dans nos médias. Trop, à mon sens, car cela renforce et développe ces sentiments de rejet de “l’autre“. De nos jours, le juif est un peu moins vilipendé, certes... quoique !... mais il a été remplacé par l’arabe, le musulman, le rom. Ce refus de l’étranger, de l’autre, ne se manifeste pas seulement dans les grandes villes, il atteint désormais nos petits villages. Si les “étrangers“ sont pourtant rares dans nos campagnes, ce n’est pas le moindre paradoxe.

En réalité, nous le percevons tous les jours dans nos territoires ruraux. Il suffit d’allumer la télévision, de feuilleter nos journaux : ils sont là, nombreux, perturbateurs, délinquants. Quasiment le même phénomène que dans les années trente, lorsque les juifs étaient montrés du doigt et accusés de tous les maux. Et la peur, souvent irraisonnée, s’installe, s’étend, et nous conduit à rejeter l’autre.

Ce sont ces comportements qui alimentent le terreau de la barbarie qui nous menace.

 

Juliette et Albert Chaussée possédaient cette intelligence du cœur. Ils ont eu le courage d’accueillir Irma comme si c’était leur fille à une époque où les juifs étaient méprisés, avilis et massacrés. Qu’aurions-nous fait en pareilles circonstances ? Que ferions-nous aujourd’hui pour reconnaître l’étranger ?

 

Irma et Chantal Naoun, Juliette et Albert Chaussée ne sont plus, mais leurs enfants, leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants sont aujourd’hui dans cette salle. Ce sont des témoins qui nous invitent à nous souvenir.

 

En conclusion, je citerai une phrase prononcée par un père de famille juif, que j’ai connu lorsque j’étais adolescent. C'était un ami de longue date de mon père. Le jour où lui-même et toute sa famille ont été embarqués dans le camion qui allait les conduire à Drancy, il a dit à ses enfants : “Que jamais la haine n’entre dans vos cœurs“. Ils sont restés deux ans, je crois, à Drancy. Miraculeusement, ils ont fini par être libérés.

 

Avant de passer la parole à M. Pierre Osowiechi, je précise qu’à la fin de la cérémonie, nous dévoilerons la plaque qui baptisera désormais notre salle des fêtes : “Salle Albert-et-Juliette-Chaussée“. En souvenir de cet acte de courage et de solidarité, et pourquoi pas, d’amour de l’autre dans l’acceptation de la différence.

Nous partagerons ensuite le verre de l’amitié.

Je vous remercie.

 

Le vice-président du comité français de YAD VASHEM, et co-organisateur de la cérémonie, M. Pierre Osowiechi :

 

Préambule

 

Il fait chaud, très chaud dans ce mois de juin 1940, c'est l'exode, la France est sur les routes, lorsqu'une voiture surchargée s'arrête devant la cour d'une maison de Crocq, prés d'Aubusson en Creuse. 

A l'intérieur, ses passagers, un couple d'une cinquantaine d'années, une jeune femme et son bébé, sont exténués et désemparés. 

De la maison sortent à leur rencontre une dame et une jeune fille. Voyant l'enfant la dame dit : « il y a un bébé, il faut lui donner du lait ». La jeune fille court chercher ce lait et fait boire l'enfant. 

La cour de la maison était celle du sabotier, la voiture était le taxi de mon grand-père, la jeune fille a aujourd'hui 92 ans, la jeune femme était ma mère et je suis cet enfant.   

Ainsi commença, dans ce petit village de la France profonde l'odyssée du sauvetage de ma famille, dont le seul crime était d'être juive et qui me permet d'être devant vous aujourd'hui. 

 

Monsieur le Maire                                                                                                                         

Monsieur le Représentant de l'Etat d'Israël

Monsieur le Préfet, Monsieur le Sous-Préfet,

Mmes et Mrs les Elus

Mmes et Mrs les Ayant-droits des Justes que nous saluons avec respect

Mmes et Mrs et Vous les Enfants.

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Le Comité Français pour Yad Vashem, laïque et républicain,  que j'ai l'honneur de représenter, bénéficie du seul soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Il fait donc appel à la générosité du public pour financer ses missions. Missions dont vous trouverez les caractéristiques dans les brochures qui vous sont réservés, ainsi que le récit du sauvetage de Irma Naoun.

 

Aujourd'hui en son Nom, je souhaite par quelques mots préciser ce que représente Yad Vashem et le sens de cette cérémonie en hommage aux 'Justes parmi les Nations'.

Yad Vashem : un nom tiré du chapitre V du Prophète Isaïe

« et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés »

 

Le Mémorial des Héros et des Martyrs de la Shoah édifié sur le Mont du Souvenir à Jérusalem, en 1953, a plusieurs missions :

 

Perpétuer le souvenir des six millions de Juifs assassinés par les Nazis et leurs collaborateurs de 1933 à 1945.

 Honorer tous les actes d'héroïsme, de révolte et de sauvetage se rapportant à l'holocauste de la 2éme guerre mondiale.

Enseigner aux générations suivantes cette histoire comme '' une balise d'avertissement contre l'antisémitisme, la haine et les génocides à travers le monde ''.

 

C'est un lieu exceptionnel. On y découvre la profondeur et  la dimension du désastre, la destruction du judaïsme européen; on y médite sur la barbarie dont les hommes sont capables.

On y voit toute l'histoire de la Shoah :

Les noms des principaux lieux d'extermination sont inscrits dans sa crypte et, notamment, le camp du Struthof, en Alsace en France, seul camp d'extermination hors d'Allemagne et de Pologne doté d'un four crématoire.

 Les places et monuments célébrant les héros des ghettos et les partisans.

Les murs de pierre où sont gravés les noms de plus de cinq mille communautés juives anéanties.

On y découvre aussi Le bouleversant Mémorial dédié au un million cinq cent mille enfants assassinés. C'est, également, un centre international de recherche et d'enseignement où travaillent des centaine de chercheurs et d'historiens du monde entier.

 

Enfin, c'est le lieu où l'on rend hommage aux «  Justes parmi les Nations »

Nous voilà donc au coeur du sujet qui nous réunit aujourd'hui.

Qui sont donc ces ''Justes parmi les Nations '' ?

Au moment où se déroulait la Shoah, quand la majorité des Européens gardaient le silence sans intervenir, alors que d'autres collaboraient activement avec les Nazis, des personnes, non juives, choisirent de sauver des Juifs en danger, au péril de leur vie.

L'Etat d'Israël, créé par les Nations Unies en 1948, et Yad Vashem décidèrent en 1963 de leur rendre hommage et de leur attribuer le titre de ''Justes parmi les Nations''.

Ce Titre de ''Juste parmi les Nations'' est la plus haute distinction civile de l'état d'Israël, Il est la traduction d'une expression hébraïque utilisée, dés l'Antiquité, dans le Talmud, recueil du Droit Civil et Religieux du Judaïsme, pour qualifier les ''Non-Juifs vertueux, oeuvrant avec compassion et Justice''. 

 

Au 1er janvier 2012, 24.355 « Justes parmi les nations » ont  été ainsi recensés de par le Monde. Parmi eux 3.645 Justes de France, dont 26 dans votre département.

 

Si durant cette triste période, des français ont collaborés et participés avec les allemands à ces «crimes contre l'Humanité»,  il en fut un grand nombre qui aidèrent ceux qui étaient pourchassés pour le seul crime d'être '' Nés Juifs'' et qui, pour aller encore plus loin dans l'avilissement et après avoir été, au moyen-age, affublés de 'La Rouelle', furent spoliés, humiliés, exclus, mis au ban de la Nation par le "Statut des Juifs" et de plus estampillés d'une ''Etoile Jaune''.

 

En France 76.000 juifs, dont 11.400 enfants, furent  déportés. Seuls 2.550 revinrent ; aucun enfant ne se trouvait parmi eux.

 

Malgré ce lourd tribut payé à « la SOLUTION FINALE », C'est  grâce à l'engagement et au courage de ces français et françaises du refus, que de nombreux Juifs de France furent ainsi protégés et sauvés.

Nous en sommes les témoins et ne les remercierons jamais assez.

 

A Jérusalem « l'allée des Justes », avec ses milliers d'arbres et le  Mur des Justes avoisinant, rappelle leurs Noms. A Paris  au Mémorial de la Shoah, les noms des Justes de France sont gravés dans une même allée. Au Panthéon depuis le 18 janvier 2007, les « Justes de France » restés inconnus sont collectivement honorés, au même titre que les autres Grands Hommes de la Nation. Une journée nationale dédiée à la Mémoire des Victimes de la Collaboration et d'hommage aux Justes de France a été instaurée, le dimanche qui suit la date anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942.

 

Leurs actions  courageuses de "cette armée du coeur et des bras ouverts" démontrent que les héros ne sont pas uniquement ceux des grandes batailles, mais qu'il y a eu des gens qui, au péril de leur vie et sans rien demander en retour, surent résister et tendre la main à ceux qui étaient persécutés, c'est aussi l'honneur de la France et je suis fier de rendre  hommage à ces héros ignorés.

A la demande de Mme Irma Naoun, le 11 mai 2011,  cette Nomination de "Juste Parmi les Nations" a été attribuée à Juliette et Albert Chaussée, leurs noms seront désormais gravés dans le Mur des Justes à Jérusalem et à Paris.

 

Mais Juliette et Albert Chaussée sont allés bien au-delà du sauvetage de Irma, ils lui ont assuré, malgré les dangers de l'occupation allemande, un quotidien affectueux, lui ont donné un foyer et, surtout, permis de fonder une famille.

Vous êtes, VOUS, leurs enfants et petits-enfants leur plus belle victoire contre la barbarie nazie. Vous êtes aussi l'avenir de la France, cela n'en donne que plus de valeur, non seulement à la démarche d'Irma Naoum  mais aussi aux actes de compassion, de refus et surtout d'exemple que Juliette et Albert Chaussée ont démontré.

Nous savons que le comportement exemplaire des époux Chaussée n'est pas unique que d'autres familles de St Fulgent des Ormes, à l'exemple du couple Label, ont accueillis et protégés des enfants juifs. Elles mériteraient grandement de figurer sur le Mur des Justes, pour peu que des témoins se manifestent. Souhaitons que l'écho de cette cérémonie, comme le pérennisera le dévoilement de la plaque commémorative nous aide à réparer ce manquement.

Et le Comité Français Yad Vashem, et moi-même, serions très honorés si St Fulgent des Ormes rejoignait la soixantaine de localités qui font déjà partie du "Réseau des Villes et Villages des Justes de France"

 

Winston Churchill a dit :

               "Vous souvenir du passé pour forger l'avenir"

Je suis, nous sommes, la dernière génération des témoins de cette tragique et effroyable époque et, d'ici quelques années, nos mémoires seront muettes car nos voix se seront tues.

 

C'est pourquoi en honorant Juliette et Albert Chaussée pour leur courage devant l'Oppression et le Déni de l'Etre humain, nous portons témoignage non seulement du Devoir de Mémoire mais aussi du  droit à la Mémoire, afin que les générations futures soient averties du danger de l'intolérance, du racisme, de l'antisémitisme, du négationnisme et de l'amalgame ; pour qu'elles restent vigilantes, car, et nous le constatons tous les jours, il ne suffit pas de dire : '' Plus Jamais Ca ''.

 

Si nous l'oublions, l'odieux attentat meurtrier de l'école juive de Toulouse et l'agression sanglante de jeunes juifs à Villeurbanne sont là pour nous le rappeler. Dans ces actes haineux et barbares ce sont, au delà de la communauté juive et de la diabolisation de l'Etat d'Israël, les forces vives de la République et notre Démocratie qui sont menacées.

 

Tout à l'heure, vous allez entendre  "Nuit et Brouillard" de Jean Ferrat. De ce chant  je n'en retiendrai que ces deux vers :

          « Je twisterai les mots s'il fallait les twister

           Pour que les enfants sachent qui vous étiez »

 

Habitants  de l'Orne  et d'ailleurs, Ulmofrogentins, Ulmofrogentines  nous sommes convaincus  que vos aînés ont su vous transmettre ces vertus de courage et de respect de L'AUTRE, à travers Vous nous les en remercions et sommes sûrs que vous en ferez bon usage.

Nous remercions également Mr Laurent Froidevaux votre Maire, son Conseil Municipal, Mme Bernadette Rotrou et Marie-Noëlle de leur active et efficace collaboration, pour avoir bien voulu mettre à notre disposition cette belle salle, et les moyens nécessaires à la haute tenue de cette cérémonie.

 

Et, puisque nous en sommes déjà aux remerciements, merci de votre présence et de votre attention.

 

 

Mme Nathalie GOULET, sénatrice de l'Orne s'exprime à son tour pour apporter un témoignage très personnel et montre à l'assistance, avec émotion, l'étoile jaune portée son propre père.

 

Des enfants de la famille Chaussée donnèrent lecture du poème : "le badge", puis le représentant de l'Etat d'Israël, Monsieur Elad RATSON pris la parole.


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Monsieur le Préfet,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Conseiller général,

Mesdames et Messieurs du Conseil municipal,

Monsieur le Vice-Président du Comité français pour Yad Vashem,

Chers amis,

 

Il y a 67 ans, André Malraux nous disait que  La vraie civilisation,… la part de l’homme que les camps ont voulu détruire, avait triomphé de la vraie barbarie.

Au moment de leur libération, les survivants des camps, connurent des jours de bonheur,  mais aussi de tristesse.

Alors qu’ils sortaient de l’enfer, beaucoup de leurs camarades étaient emmenés par les SS et agonisaient sur les routes d’Allemagne. Les évacuations forcées, et les marches de la mort, cherchaient à supprimer les témoins de cette abomination.

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Au mois de janvier 2007, la France a rendu un vibrant hommage aux Justes parmi les Nations.

Jacques Chirac, alors Président de la République, et Simone Veil, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ont introduit les Justes de France au cœur du Panthéon.

Ce jour là, le courage et la noblesse d’âme de ces héros, humbles et discrets, ont été reconnus à leur juste valeur.

 

Durant la Seconde guerre mondiale, alors que les ténèbres régnaient sur l’Europe, les Justes de France ont eu le courage de braver l’autorité injuste.

Au péril de leur vie et de celle de leur famille, ils ont mobilisé leur âme, leur cœur, et leurs forces,  pour sauver des Juifs.

Certains ont trouvé la mort en voulant préserver la vie.

 

Très souvent, les Justes considèrent ce qu’ils ont fait comme étant naturel. Parfois, ils disent même, qu’ils auraient pu en faire davantage.

Mais par leurs actes, ils n’ont pas seulement sauvé des innocents ; ils ont également sauvé la dignité humaine, et l’honneur de la France.

Je tiens également à saluer tous les justes anonymes et la Résistance française et juive qui ont permis aux trois quarts de la communauté Juive de France d’échapper aux griffes nazis.

 

Dans le Talmud il est écrit : Quiconque sauve une âme, sauve l’univers tout entier.

 

Chers amis,

Le peuple juif n’oubliera ni, les bourreaux, ni leurs collaborateurs.

Il se souviendra à jamais de ces Justes, êtres exceptionnels, lumières des nations.

Les Justes nous rappellent que le courage se trouve surtout chez des êtres ordinaires qui ont accompli des actes extraordinaires.

Pour la mémoire des morts sans sépultures, pour l’honneur des Justes parmi les Nations, mais aussi pour préserver notre avenir, il nous incombe de perpétuer le souvenir de cette tragédie humaine.

On ne bâtit rien de bon, sur l’oubli ou le mensonge, et la mémoire est indispensable à l’homme pour construire son futur.

 

La Médaille de Justes parmi les Nations,  est la plus haute distinction de mon pays. Il ne s'agit, ni d'une récompense, ni d'une décoration, mais simplement d'un témoignage de gratitude et de reconnaissance éternelles.

 

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Au nom de l'état d'Israël,  et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, j'ai le grand honneur de remettre la Médaille de Justes parmi les Nations, à titre posthume, à Albert et Juliette CHAUSSEE pour avoir sauvé Irma NAOUN.

 

Chers Justes, nous vous sommes à jamais reconnaissants de ce que vous avez accompli,  au péril de votre vie.

Vous nous donnez la force de croire en cette humanité.

Merci à vous du fond du cœur.


 

 

 

 

A la suite de son discours, Monsieur Elad RATSON remets la médaille et le diplôme de "Justes parmi les Nations" aux enfants de Juliette et Albert Chaussée : Ginette, Jean-Claude et Albert.

 

Ginette Chaussée, au nom de sa famille, fait une allocution de remerciement et les enfants donnèrent lecture du poème : "Les justes".

 

Puis les deux petites-filles d'Irma Naoun prirent la parole pour remercier la famille du couple de sauveteur et retracèrent avec émotion quelques souvenirs de leur grand-mère.

   

En grand silence et émue, l'assistance écouta le chant "Nuit et Brouillard" de Jean Ferrat.

 

Le Préfet de l'Orne, Monsieur Jean-Christophe MORAUD, prononce l'allocution de clôture :

 

Monsieur le représentant de l'Etat d'Israël,

Monsieur OSOWIECHI, vice-président du Comité Français pour Yad Vashem,

Madame le député,

Madame le sénateur,

Monsieur le conseiller général,

Monsieur le maire,

Ginette, Jean-Claude, Albert CHAUSSÉE et à travers vous Albert et  Juliette, vos parents,

Madame POITEVIN, fille d'Irma NAOUN,

Mesdames, Messieurs,

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Etre convié à cette cérémonie de remise de la Médaille et du Diplôme de Justes parmi les Nations à Albert et Juliette CHAUSSÉE est un moment très particulier chargé de fierté bien sûr mais aussi d'émotion.

 

Comme beaucoup, je n'ai pas vécu la seconde guerre mondiale que mon premier métier m'a conduit à étudier, bien connaître et c'est la première fois que je rencontre Yad Vashem qui distingue depuis près de 60 ans parmi le bataillon des anonymes ceux "qui auraient pu se tenir bien tranquilles" selon  le mot de Joseph KESSEL mais qui ont eu le courage d'ouvrir leurs portes aux pourchassés lorsque d'autres dénonçaient, chassaient ou tournaient le dos, avec froideur et indifférence.

Enfin, comme représentant de l'Etat, ce jour me confronte directement à l'histoire de mon pays et précisément à des heures sombres de l'Etat.

C'est l'occasion de regarder en face un pan d'histoire, un pan de ce passé qui ne passe pas.

La communauté juive française comptait un peu plus de 320 000 personnes en 1940. 76 000 ont été déportées et moins de 4 % d'entre eux sont revenus. Aucun des 11000 enfants déportés n'a survécu.

Cette élimination méthodique qui a frappé toute l'Europe, jusqu'aux derniers jours a été rendue possible parce que des machines administratives, policières s'y sont prêtées. Ici, c'étaient des gauleiter (chef de district dans l'Allemagne hitlérienne NDLR) et des administrateurs nazis, là, chez nous, l'Etat français de Vichy qui s'appuyait sur un appareil politico-administratif issu de la IIIème République.

La famille NAOUN n'aurait pas placé deux de ses filles, dont Irma, dans des fermes ornaises s'il n'y avait pas eu dès 1941 la promulgation en deux  temps d'un statut des juifs - textes validés par le Conseil d'Etat - si le protocole de cesser le feu entre la France et l'Allemagne en juin 1940 n'avait prévu de livrer à l'Allemagne nazie les opposants politiques aux régimes allemands, autrichiens et espagnols résidant alors sur le territoire national, si des forces de l'ordre de la Préfecture de Police et de la sûreté n'avaient été mises à contribution dès 1941 pour recenser les juifs et constituer des fichiers...

Oui, le comportement des institutions en France – de l'Etat – a été odieux ; mais celui des individus a été souvent moins ignominieux qu'on ne le pense, que l'on ne l'a dit !

Prenons ici l' exemple la rafle du Vel d'Hiv à l'été 1942 : les allemands avaient fixé l'objectif à 24.000 personnes – au vu des fichiers constitués par l'administration française. Au total, près de 13.000 personnes ont été conduites au Vel d'Hiv – même une était de trop – en  raison des fuites, mises en gardes, de dos tournés des agents de la Préfecture de Police, de mises à l'abri chez les voisins, même au dernier moment. Les allemands ont été si effarés de ce résultat qu'ils ont entouré les autres rafles de précautions et surtout ils les font exécuter par des services spécialisés, qu'ils ont formé de zélés collaborateurs, plus sûrs.    

Là, c'est Albert et Juliette CHAUSSÉE qui sachant la confession de la petite Irma ont bravé les risques en ouvrant leur porte et leur coeur pour sauver les enfants d'une famille pourchassée.

Ils étaient ouvriers, paysans, fonctionnaires, hommes d'église, croyants ou farouchement laïcs, ils vivaient en ville ou à la campagne. On connaît aujourd'hui 3.500 "justes" en France mais leurs noms figurent dans un livre et sur le mur d'honneur du jardin des Justes que Yad Vashem n'entend ni refermer, ni cesser de construire.

Albert et Juliette CHAUSSÉE qui avaient déjà plusieurs enfants, par ce geste simple n'ont rien calculé ; ils ont bravé les interdits et ont incarné des valeurs de justice, de tolérance et d'humanité.

Ces paysans ornais anonymes ont tranquillement incarné l'honneur de la France et nous ont transmis  par delà leur disparition, le respect des droits et de la dignité de chacun en assurant à la petite Irma une vie heureuse à l'abri lorsque sa famille éprouvait la peur, la faim.

Pour ceux qui sont tentés de s'interroger sur les valeurs de la République, il en est assurément une qui me vient à l'esprit aujourd'hui, s'agissant de Juliette et d'Albert CHAUSSÉE. C'est la troisième de notre devise, celle que la IIème République a imposée en 1848 : la fraternité.

Cette vertu est finalement embarrassante : elle est plus large que la notion de solidarité, elle est également plus profonde car elle touche à l'intimité des relations frère-soeur... Or, c'est bien de cela dont il s'est agi dans la ferme des Champs-Romet à SAINT FULGENT DES ORMES entre Juliette, Ginette et Irma et entre Juliette CHAUSSÉE, la maman et Irma... la "petite dernière" des filles dont elle eut tant de peine à s'en détacher à la Libération.

Soyez fière, famille CHAUSSÉE, moins peut-être de cette distinction car le véritable courage est souvent tranquille et discret mais plus pour avoir dans votre famille, grâce à vos parents, incarné cette vertu républicaine, la fraternité.

Mais, soyez fiers bien sûr de cette distinction rare et si particulière car comme l'a dit Simone VEIL, "en honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l'idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l'Histoire dans sa vérité" et au-delà, l'honneur de notre pays, la France.

Permettez-moi de clore mon propos en remerciant le comité français Yad Vashem qui oeuvre pour que la mémoire se perpétue au-delà même de l'existence de Juliette et d'Albert CHAUSSÉE. Votre travail archéologique de recherche de cette "armée des ombres" est essentiel, car la reconnaissance que nous devons à l'endroit de ces anonymes dont la conduite fut exemplaire parce qu'ils écoutèrent leur conscience d'homme et parce que le respect des droits et de la dignité de leur semblable était une évidence, est un impératif moral et une nécessité collective.

Je vous remercie.

 

Applaudissements

Hymnes nationaux israélien et français.

 

L'assistance fût invitée à passer sous les chapiteaux afin de dévoiler la plaque baptisant notre salle des fêtes "Salle Albert et Juliette Chaussée".


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En guise de souvenir les enfants et quelques plus grands reçurent des morceaux du ruban tricolore.

 

Après toutes ses émotions tout le monde se retrouva pour échanger autour du verre de l'amitié.

 

 

Merci à tous ceux du conseil municipal et aux autres, au comité Yad Vashem qui ont activement participé à la préparation de cette cérémonie.

La venue d'un représentant officiel de l'ambassade d'Israël représente des risques. Remerciement à la gendarmerie en uniforme et en civil pour son efficacité afin d'assurer la sécurisation des lieux et pour sa discrétion.

 

Article paru dans le journal "Le Perche"

 

Article du perche

 

 

 

 

 

 



1 Paroles d’étoiles. Mémoire d’enfants cachés 1939-1945. Librio 2002. P. 10

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Published by Laurent Froidevaux - dans Vie communale
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